Lot. La pyrale un fléau ? Mais on peut sauver les buis…

Lire l’article du jeudi 1er mars 2018 paru dans La Vie Quercynoise : sur la pyrale.

Ci-dessous l’entretien intégral avec Olivier Guerret de M2I control basé à Parnac.

Propos recueillis par Marie-Françoise Plagès

2017 a été une année fatale pour tous les buis dans le Lot particulièrement. Les dégâts sont considérables après le passage des pyrales, chenilles extrêmement voraces : jardins, chemins de randonnées, forêts n’ont pas été épargnés. Particuliers, institutions étaient bien démunis face à ce fléau, cet ennemi dont personne ne connaissait vraiment les bons gestes à avoir au bon moment. À l’arrivée du printemps, on voit, en quelques endroits épars, les buis tenter de repousser timidement. C’est le moment de s’occuper des traitements pour venir à bout de la pyrale. À la demande et avec l’appui de communautés de communes, Olivier Guerret de M2I control installé à Parnac, informe et conseille, par le biais de conférence, la population sur la bonne marche à suivre concernant l’éradication de la pyrale. Et oui, il est permis d’être optimiste…

« on peut sauver les buis »…

Entretien avec Olivier Guerret.

Y-a-t-il des chiffres officiels qui permettent de faire un bilan des dégâts occasionnés par la pyrale en 2017 sur le département ?

Sur le Lot en particulier, il n’y a pas de chiffres que je connaisse. En revanche il existe 2 programmes nationaux (Save Buxus et Ecophyto) qui suivent ce problème à l’échelle nationale. Il existe aussi un réseau de surveillance (Fédérations RÉgionales de Défense contre les Oraganismes Nuisibles) organisé par région qui envoie de l’information sur les apparitions des différents insectes dans chaque région. Par rapport au territoire national, le Lot avait été relativement épargné jusqu’à l’année dernière. Le niveau de pression de pyrale du buis observé l’an dernier est celui qui avait été relevé en Drome, Ardèche Savoie l’an passé. Il est caractéristique de la capacité de développement de la pyrale dans des zones où le buis constitue un élément essentiel de la faune sauvage.

Les chemins de randonnées, des sites remarquables… ont été fortement touché. Quels sont les constats ? Existe-t-il une liste des endroits les plus touchés, une sorte de recensement ?

À notre connaissance il n’y a pas de zones épargnées. Les dégâts sont très visibles dans les zones non entretenues (buis sauvages, maisons secondaires peu ou pas occupées). Dans les zones traitées, les buis restent normalement verts. Il y a eu en 2017, des gens qui ont fait des traitements et qui ont subi de gros dégâts parce que les traitements étaient inadéquats ou mal appliqués. On peut largement préserver ses buis à condition de bien traiter aux bons moments.

À des endroits, malgré une attaque puissante, on voit timidement à l’entrée du printemps reverdir quelques buis… alors peut-on considérer que certains buis sont définitivement condamnés ?

Les premières pousses vertes sont réapparues en janvier. La défoliation n’est pas mortelle sauf pendant les grandes canicules. Ce qui peut tuer le buis en revanche c’est quand faute de feuille la chenille commence à manger l’écorce des buis. En abîmant l’écorce, elle empêche la sève de circuler ce qui finit par tuer les buis – c’est ce qui explique que certains buis sont morts. Mais la plupart des buis vont repartir au printemps. Ils ne seront condamnés que si nous ne les protégeons pas des chenilles qui ressortent début mars (entre le 1er et le 15 mars selon les températures locales dans le Lot). Il est donc essentiel cette année de traiter les buis dès le mois de mars pour leur permettre de refaire suffisamment de feuilles.

Quels sont les secteurs les plus impactés, doit-on redouter une attaque plus massive cette année ?

Toutes les zones du Lot sont impactées. Il n’y a pas d’endroit vraiment à l’abri. L’attaque sera massive là où les traitements de printemps n’auront pas été faits.

L’invasion de la pyrale pourrait s’étendre jusqu’où ?

La pyrale a un comportement similaire à Attila : elle passe à un endroit, en épuise les ressources puis va trouver d’autres niches de nourriture. à mon sens la pyrale s’étendra partout où nous n’organiserons pas de lutte intelligente. Une fois ces zones épuisées, les ilots protégés par l’homme permettront de faire renaître nos buis.

Aujourd’hui quels mesures peuvent-être prise pour réellement en venir à bout ?

De manière pratique les dégâts les plus importants ont lieu en juillet et en août qui sont les moments de développement des 2e et 3e générations de chenilles. Traiter les chenilles à ces moments là est utile mais parfois difficile à entreprendre du fait de l’importance de l’attaque. Ce qu’il faut c’est bien nettoyer les buis au printemps.
Les chenilles hivernantes vont ressortir activement entre le 1er mars et le 15 mars pour se nourrir jusqu’aux environs du 20 avril. Il faut appliquer des traitements insecticides biologiques adaptés à la chenille pendant cette période. En éliminant le maximum de ces hivernantes,  il y aura peu de papillons dans vos buis en juin donc peu de pontes et peu de dégâts en juillet août.
Pour repérer le bon moment de traiter en juillet, il faut utiliser des pièges à phéromones : quand le piège n’attrape  pas de papillons il n’y a pas de risque de ponte dans vos buis autour du piège. Quand le piège attrape des papillons, il faut traiter contre les chenilles dans les 10 jours qui suivent le dernier papillon piégé. Typiquement, on place les pièges vers le 20 mai. Les premiers papillons sont attendus entre le 25 mai et le 1er juin. Les derniers entre les 20 et 30 juin. C’est variable en fonction des endroits mais pas plus que cela.

Les traitements insecticides doivent être appliqués bien a l’intérieur du buis (la chenille commence toujours par manger l’intérieur du buis). Ça protégera aussi les écorces de votre buis. Un traitement efficace est le bacille de thuringe. Les pièges doivent être placés dans les buis. Même si on voit des papillons dans les fleurs ou sur les arbres alentours, les papillons ne pondent que dans les buis. Le piégeage a lieu uniquement la nuit. En journée on verra les papillons butiner fleurs et fruits, la nuit ils cherchent à se reproduire et les pièges à phéromones les leurrent.

Beaucoup de personnes touchées par ce fléau, ont cherché de nombreuses solutions pour en venir à bout, mais certains par fatalisme ont abandonné, d’autres se plaignaient de ne pas trouver de réponses auprès des institutions, des municipalités, d’autres qu’il y ait trop peu de mobilisation… Quel est votre regard sur cet état de fait.

Il y  a plusieurs réponses : d’abord c’est un fléau récent et les études scientifiques étaient peu disponibles il y a quelques années. Entre ces études scientifiques et leur valorisation sur le terrain il y a forcément un délai de diffusion et de vulgarisation. Entre-temps des recettes se sont développées sur les réseaux sociaux qui ont été parfois contre productives. Par exemple, le piégeage de masse par des lampes a plutôt augmenté les dégâts parce  que l’insecte ne voyage que pour 2 raisons : trouver de la nourriture ou à cause de la lumière. Avec ces pièges lumineux, on attire des papillons qui n’auraient pas pondu dans vos buis autrement. Ce qui est important c’est d’agir au bon moment avec le bon outil.
Je pense que les pouvoirs publics s’ils n’ont pas forcément les moyens humains ou financiers pour régler le problème à grande échelle, ont cependant la responsabilité d’organiser la diffusion de l’information auprès des citoyens. C’est dans cet esprit que j’ai lancé cette idée de réunions publiques d’information avec l’aide des élus de certaines communautés de communes.

Quelles sont les instances ou des services spécifiques qui peuvent guider les gens soucieux de garder leur buis ?

M2i a développé un modèle prédictif qui tient compte des données météorologiques locales. Cela permet d’anticiper les traitements au bon moment ce qui est essentiel pour bien lutter contre cet insecte. Nous sommes en train de développer une application : Biotracker qui poussera les informations et les conseils vers ses utilisateurs. En attendant, nos clients reçoivent des informations précises sur l’état d’avancement de la pyrale dans leur zone tout au cours de l’année. Dans la région, nous travaillons déjà beaucoup avec La Capel et avec Boissor. Les particuliers qui sont nos clients reçoivent aussi un bulletin d’alerte. Les communes qui le souhaitent peuvent nous démarcher pour recevoir cette information.
Côté institutionnel, le réseau FREDON   permet d’avoir des informations exactes mais la problématique de la pyrale étant extrêmement locale, les informations régionales que les FREDON fournissent peuvent être décalées par rapport à la problématique de chacun.

Il est apparu que chez des particuliers cette chenille s’attaque à d’autres arbres, quels sont vraiment les risques ? Si, effectivement la pyrale s’adapte à son nouvel environnement, pourrait-il se profiler un scénario plus catastrophique.

Le risque de voir la pyrale attaquer d’autres arbres n’est pas grand. Dans une revue scientifique récente le point a été fait. À part deux rapports d’attaques contestés par ailleurs, sur du houx et du fusain du Japon, il n’ y  a pas d’observation de polyphagie de la pyrale du buis. La raison est probablement que la pyrale se protège en accumulant dans son corps le buxine des feuilles qu’elle mange. Un prédateur est vite malade à trop manger de pyrale. Si la pyrale changeait de régime alimentaire, elle serait plus comestible et elle subirait un grand nombre de prédateurs.

Une espèce d’hirondelle à priori mange les papillons, cette information est-elle véridique et vérifiable ?

Le papillon au contraire de la chenille est comestible et peut être mangé par toute sorte de prédateurs. Les hirondelles en font partie, les grenouilles les lézards….

Depuis 2015, quelles sont les actions, les avancées de M2I ?

Nous avons lancé le piège à phéromone sous notre marque et aussi sous des marques distributeurs en 2016. Les essais avaient eu lieu en 2014 et 2015. Ils continuent depuis. Nous préparons le lancement d’un produit qui permettra de gérer simplement toute une saison de pyrale. Ce produit consistera à simuler un grand nombre de femelles dans les buis pour empêcher les mâles de féconder les vraies femelles. Ce qui limitera très significativement la propagation de l’espèce (sans effet secondaire pour les autres espèces comme les abeilles). Nous avons demandé une homologation provisoire au ministère de l’agriculture pour le rendre disponible rapidement. La préfecture du Lot suit le dossier de très près.

Propos recueillis par MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

 

 

 

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