Le Lot face au problème de la pyrale du buis. Non au fatalisme, des solutions existent

La vie quercynoise n°3772 du jeudi 1er mars 2018

La pyrale du buis, une chenille très vorace.

L’an dernier, l’attaque de la pyrale sur les buis, véritable emblème de notre territoire, a été si massive et exponentielle qu’elle a laissé dans le désarroi tous ceux qui ont été touchés. Mais ce n’est pas une fatalité.

Durant l’été 2017, dans les journaux, sur les réseaux sociaux, un large mouvement de mobilisation se faisait ressentir, chacun souhaitant sauver des buis souvent plusieurs fois centenaires face à l’attaque impressionnante de la pyrale. Dans le Lot il n’y a pas eu de zones épargnées. Les dégâts sont visibles sur les nombreux chemins de randonnées, des sites remarquables ou dans des zones peu ou pas occupées. À l’heure actuelle, il n’y a pas de chiffre permettant de faire un bilan des dégâts occasionnés mais il existe deux programmes nationaux (Save Buxus et Ecophyto) qui suivent ce problème à l’échelle nationale. Le printemps arrive avec la menace de ce fléau qui risque de donner le dernier coup de grâce aux buis « survivants » qui reverdissent. Comme le souligne Olivier Guerret, vice-président de la société M2I, spécialisée dans les produits de biocontrôle, leader européen des phéromones : « la pyrale a un comportement similaire à Attila : elle passe à un endroit, en épuise les ressources puis va trouver d’autres niches de nourriture. À mon sens, la pyrale s’étendra partout où nous n’organiserons pas de lutte intelligente. Une fois ces zones épuisées, les îlots protégés par l’homme permettront de faire renaître nos buis ». Depuis quelques semaines, Olivier Guerret, soutenu par la CCVLV (communauté de communes de la Vallée du Lot et du Vignoble) et d’autres communautés des communes sensibilisées par ce sujet, informe la population sur les bons gestes à adopter. Car effectivement « on peut sauver les buis ». Voici quelques points essentiels évoqués avec Olivier Guerret.

 Malgré une attaque puissante, on voit timidement à l’entrée du printemps reverdir quelques buis. Est-ce de bon augure ?

Olivier Guerret : Les premières pousses vertes sont réapparues en janvier. La défoliation n’est pas mortelle sauf pendant les grandes canicules. Ce qui peut tuer le buis en revanche c’est quand, faute de feuille, la chenille commence à manger l’écorce des buis. En abîmant l’écorce, elle empêche la sève de circuler, ce qui finit par tuer les buis – c’est ce qui explique que certains buis sont morts. Mais la plupart des buis vont repartir au printemps : ils ne seront condamnés que si nous ne les protégeons pas des chenilles qui ressortent début mars (entre le 1er et 15 mars selon les températures locales dans le Lot). Il est donc essentiel cette année de traiter les buis dès le mois de mars pour leur permettre de refaire suffisamment de feuilles.

 Aujourd’hui quelles mesures peuvent être prises pour réellement en venir à bout ?

De manière pratique, les dégâts les plus importants ont lieu en juillet et en août qui sont les moments de développement des deuxième et troisième générations de chenilles. Traiter les chenilles à ces moments-là est utile mais parfois difficile à entreprendre du fait de l’importance de l’attaque. Ce qu’il faut, c’est bien nettoyer les buis au printemps. Les chenilles hivernantes vont ressortir activement entre le 1er mars et le 15 mars pour se nourrir aux alentours du 20 avril. Il faut appliquer des traitements insecticides biologiques adaptés à la chenille pendant cette période. En éliminant le maximum de ces hivernantes, il y aura peu de papillons dans vos buis en juin, donc peu de pontes et peu de dégâts en juillet/août.

Pour repérer le bon moment pour traiter en juillet, il faut utiliser des pièges à phéromones : quand le piège n’attrape pas de papillons il n’y a pas de risque de ponte dans vos buis autour du piège. Quand le piège attrape des papillons, il faut traiter contre les chenilles dans les 10 jours qui suivent le dernier papillon piégé. Typiquement, on place les pièges vers le 20 mai. Les premiers papillons sont attendus entre le 25 mai et le 1er juin. Les derniers entre les 20 et 30 juin. C’est variable en fonction des endroits mais pas plus que cela.

Les traitements insecticides doivent être appliqués bien à l’intérieur du buis (la chenille commence toujours par manger l’intérieur du buis). Ça protégera aussi les écorces de votre buis. Un traitement efficace est le bacille de thurynge. Les pièges doivent être placés dans les buis. Même si on voit des papillons dans les fleurs ou arbres alentours, les papillons ne pondent que dans les buis. Le piégeage a lieu uniquement la nuit. En journée, on verra les papillons butiner fleurs et fruits, la nuit ils cherchent à se reproduire et les pièges à phéromones les leurrent.

 Quelles sont les instances ou des services spécifiques qui peuvent guider les gens soucieux de garder leur buis ?

M2i a développé un modèle prédictif qui tient compte des données météorologiques locales. Cela permet d’anticiper les traitements au bon moment, ce qui est essentiel pour bien lutter contre cet insecte. Nous sommes en train de développer une application « Biotracker » qui poussera les informations et les conseils vers ses utilisateurs. En attendant, nos clients reçoivent des informations précises sur l’état d’avancement de la pyrale dans leur zone tout au long de l’année. Dans la région, nous travaillons déjà beaucoup avec La Capel et avec Boissor. Les particuliers qui sont nos clients reçoivent aussi un bulletin d’alerte. Les communes qui le souhaitent peuvent nous démarcher pour recevoir cette information. Côté institutionnel, le réseau Fredon permet d’avoir des informations exactes mais la problématique de la pyrale étant extrêmement locale, les informations régionales que les Fredon fournissent peuvent être décalées par rapport à la problématique de chacun.

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

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