Maïa Thibault photographe. Un regard touchant, drôle et poétique sur le monde des minuscules

Avril 2020… Marie-Françoise Plagès

Il est des rencontres parfois surprenantes et inattendues.

Au cours d’un atelier d’écriture mensuel, l’animateur est arrivé un jour avec un drôle de petit coffret. Un jeu de 58 cartes, plus précisément des photos macros, du monde des minuscules. À côté du végétal, de l’insecte, d’une scène de la vie des presque invisibles, pris par la photographe Maïa Thibault, un mot évocateur : voyage, vaisseau, trésor, tolérance… Ainsi une source inépuisable d’histoires illuminaient l’imagination des écrivains laissant libre cours à l’écriture d’histoires multiples. Fortement impressionnée par son travail photographique, j’ai cherché à rencontrer Maïa Thibault et a accepté de me raconter son aventure photographique.

Rencontre avec Maïa Thibault

Maïa Thibault va régulièrement à la découverte du monde de l’infiniment petit, pour en extraire une multitudes d’émotions et révéler « L’indicible secret des choses minuscules ». Invalidée par un handicap, elle sait se mettre à hauteur « des minuscules » pour en extraire dans ses macrophotographies des univers inspirants.

De l’Aveyron où elle a commencé son activité de photographe macro, elle a rejoint les terres bretonnes. Ainsi de nouveaux horizons s’offrent à son regard. Aujourd’hui après avoir exploré « l’indicible » Maïa Thibault aspire à discerner les grands espaces.

Au coeur de l’indicible secret des minuscules avec Maïa Thibault.

Comment définiriez-vous votre travail photographique ?

Je suis autodidacte. La photographie m’a suivi depuis l’adolescence comme un moyen de me ressourcer dans la nature et de pouvoir partager mon émerveillement face à ce que je voyais. L’observation de la petite nature m’a nourrit et accompagnée pendant de nombreuses années. Puis j’ai eu le besoin de partager ce qu’elle m’avait apportée. Je ne cherche pas à montrer ce qui sort de l’ordinaire, mais plutôt à montrer ce qu’il y a d’extraordinaire dans l’ordinaire. Même la nature la plus commune peut nous émerveiller. Le voyage peut se faire dans le jardin, dans un parc, ou sur le bord de la route.

Comment ce monde minuscule s’est offert à votre regard ?

Du fait d’un léger handicap, ma marche est lente et je prends ainsi le temps d’observer, de m’arrêter, de regarder un simple carré d’herbe ou la mousse des murets. La macrophotographie est alors devenue une évidence. Au gré de mes promenades je prends le temps d’observer, de me laisser surprendre. Et j’ai eu envie de partager ce point de vue car on passe souvent à côté des choses sans les regarder. J’avais la trame essentielle de mon travail photo. À partir de là j’ai investi dans des appareils photo numériques.

Avec quel matériel travaillez-vous ?

De l’argentique je suis passée au numérique en 2013. J’ai deux appareils hybrides : un Panasonic Lumix DMC GF5, un olympus OM-D E-M5, une optique Leica macro Elmarit, 45 mm, une optique olympus, 9-18 mm.

Quelle est votre manière de travailler ?

Je n’ai aucune règle. Je ne me fixe rien du tout. Je m’adapte à mes promenades, mes envies, mes heures de sorties. Les insectes sont toujours-là, à attendre patiemment qu’on vienne les admirer. Ce petit monde est très enchantant.

C’est simple et cette simplicité nous émeut, nous touche. En montrant ces photos, je désire parler de la connexion qu’il peut y avoir entre moi et une chenille. Comment elle peut nourrir mon âme en étant simplement ce qu’elle est, là où elle est. Tout doit être simple et accessible, sans filtre. Je ne fais aucun mise en scène, et tout est pris sur le vif.

Y-a-t-il un insecte qui vous a particulièrement émue, une rencontre touchante plus que d’autres ?

Les rencontres avec les insectes sont toujours mystérieuses. On ne sait jamais ce que l’on va voir ou découvrir. Je n’ai pas de préférée mais je suis forcément subjuguée quand une mante religieuse me regarde longuement…

Chaque rencontre est unique.

Mon dernier petit coup de cœur va pour la chenille, qui est en couverture du coffret, que j’ai intitulé « le secret ». En fait c’est une larve de mouche, surprise enroulée autour d’une tige, elle semblait vouloir me dire de garder son secret, une de ses fausses pattes posée sur les mandibules…

Depuis vos premiers clichés quel a été votre parcours ?

En 2013, j’ai pu exposer mon travail pendant 5 ans dans un atelier d’exposition au sein du pôle d’artisanat d’art de Sauveterre de Rouergue, village classé en Aveyron. Je me suis également beaucoup déplacée sur des expositions et des festivals de métiers d’art, des fêtes de la nature et cela m’a permit d’affiner ma proposition et d’en comprendre la trame, grâce aux retours du public.

Puis en 2016, j’ai cessé mon activité d’auto-entrepreneur pour créer l’association Anémochorie, et continuer mon projet en utilisant l’art comme moyen de sensibilisation à l’environnement.

Que pouvez-vous me dire sur l’association ?

Nous avons créé l’association avec une amie, Anaïs Eychenne. J’en suis bénévole et je fais don de mes photos et de mon temps. Tout le travail de sensibilisation à la nature, à l’environnement, les valeurs défendues par l’association, c’est aussi un travail inhérent et commun à tout mon travail photographique.

L’association m’a permis de rassembler et d’éditer mes photos sous forme de coffret.

L’association loue très régulièrement une exposition, composée d’une sélection de 28 photos que l’on retrouve dans le coffret : « L’indicible secret des choses minuscules ». À ces tirages sont adjoints des cartels, un coffret de 58 cartes et un livret d’activités pour accompagner la découverte de l’exposition de petits exercices créatifs (dessins, écriture, poésie… ) Cela convient très bien pour des médiathèques, les écoles ou des ateliers artistiques.

Tous les bénéfices dégagés sont réinvestis entièrement dans l’association. De fait elle est auto-suffisante permettant ainsi de réaliser de nouveaux projets.

Anaïs, artiste dessinatrice, a quant à elle écrit et dessiné le « Dictionnaire français-busique », un magnifique travail qui découle de 20 ans d’observation et de connaissance de la buse variable. Le dictionnaire a également été édité par l’association. Il est malheureusement épuisé pour le moment…

Votre projet actuellement ?

D’autres projets d’éditions verront certainement le jour. Pour le moment, il y a une pénurie de papier recyclé en France, et nous attendons…

Cela fait très longtemps que je ne fais que de la macro. Maintenant que l’outil pédagogique a été créé autour de ces photos, j’ai envie de me tourner vers un autre type d’image.

Un nouvel objectif grand angle et mon arrivée en Bretagne devrait certainement me permettre de lever la tête des herbes et de changer mon angle de vue…

Marie-Françoise Plagès

Contact et renseignement :

Un petit bonus vidéo pour entrer aussi dans le monde des minuscules :

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