1943-2019. Rémi Lecoq n’oublie pas l’accueil qu’il a reçu en arrivant dans le Lot, pendant la guerre

La vie quercynoise n°3834 du jeudi 9 mai 2019
75 ans après les faits, Rémi Lecoq se souvient de l’accueil qu’il a reçu en arrivant dans le Lot, pour se réfugier… Il remercie !

Durant la seconde guerre mondiale, des récits, des témoignages, des histoires incroyables continuent de se révéler même 75 ans après. Comme l’histoire touchante d’une fratrie, celle de la famille Lecoq, originaire du Calvados, qui a trouvé refuge dans le Lot.

Rémi, un des plus jeunes de la famille, qui a aujourd’hui 78 ans, se rappelle encore avec beaucoup d’émotion comment il a découvert le département, les raisons de son départ, les conditions de son accueil et la bonté ineffable de la famille Hébrard de Saint-Paul-de-Loubressac qui l’a accueilli pendant cette période si trouble. Ayant gardé un souvenir très prégnant du Lot, avec sa femme, ils ont acheté il y a quelques années une maison à Lalbenque qu’ils ont entièrement retapé. Depuis, ils partagent leur temps entre le Calvados et le Lot, et ils ne cessent de louer la gentillesse et la prévenance des Lotois.

La rencontre avec Rémi Lecoq est assez touchante tant il parle encore de cette époque comme si les événements étaient encore présents. Dans une voix mêlée parfois de rires et de larmes, il commence son récit.

Rémi Lecoq ressort toutes ses archives, photos et témoignages ©M-F Plagès.

Le contexte

Rémi Lecoq est né le 4 juin 1940, donc les souvenirs qui lui restent de l’époque d’Hermanville-sur-Mer, ce sont ses sœurs qui lui ont raconté. « Mon père travaillait dans une usine où était fabriqué de l’acier, la SMN (Société Métallurgique de Normandie). Nous habitions dans des cités ouvrières le long de l’usine. Dès leur arrivée en France, les Allemands ont réquisitionné, de 1940 à 1944, cette usine pour faire de l’acier, des bombes, des chars… ». L’usine subissait des bombardements réguliers et la population autour était sans cesse sur le qui-vive. Il continue : « ma sœur me racontait que quand elle rentrait de l’école, elle courait de peur de ne pas arriver à la maison. Nous étions déjà une famille de 9 enfants à l’époque. La Croix-rouge française et la Croix-rouge américaine s’étaient associées pour s’occuper des réfugiés. Un jour la Croix-rouge est venue voir mes parents en disant qu’ils connaissaient, qu’ils avaient des contacts avec des familles d’accueil dans le Sud-Ouest. Alors, s’ils souhaitaient pour un temps mettre les enfants à l’abri, c’était possible ».

L’arrivée dans le Lot

C’est alors que Rémi Lecoq sort un gros classeur où il garde précieusement tous les témoignages, photos, cartes, souvenirs qu’il a réuni au cours de plus de deux ans de recherche. Il sort des photos de jeunes enfants, de famille et commence à raconter un peu l’histoire de chacun. « Nous sommes donc partis à 7 enfants vers 1943. D’après la photo, c’était l’hiver. Bien avant, ma sœur aînée, Jacqueline, était arrivée à Lavercantière. Elle était dans un château, qui accueillait déjà des enfants. Il y avait beaucoup d’Espagnols. Comme c’était la plus âgée, c’est elle qui faisait nounou.

L’arrivée dans le Lot en 1943. © Rémi Lecoq.

Deux frères sont arrivés à Sousceyrac. D’ailleurs, j’ai une lettre d’Yves Lafargues qui a très bien connu l’arrivée de mes deux frères. C’est un contact que j’ai pu avoir par l’intermédiaire de M. Glorieux qui s’occupait aussi de faire des recherches concernant la période de la seconde Guerre mondiale. Moi et 4 frères et sœurs, nous sommes partis à Saint-Paul-de-Loubressac qui s’appelait à l’époque Labouffie. Chaque famille d’accueil prenait un enfant. Comme j’avais 3 ans 1/2, je me suis mis à pleurer quand on m’a séparé de ma sœur Jeanine qui avait 12 ans. Et c’est là que François Hébrard a dit puisqu’on en prend un on peut en prendre deux, cela ne va pas nous empêcher de vivre. Mon autre sœur Arlette était chez M. Girma, Lucette chez M. Gisbert (pâtissier) et Roger chez Mourgues ».

La famille Hébrard

La fratrie est restée environ un an et demi à Saint-Paul avant de retourner dans le Calvados. Les contacts avec leurs parents étaient très épisodiques. Dès leur retour, les deux familles ne rompront jamais le contact. François Hébrard invita régulièrement Rémi Lecoq à venir passer les vacances dans le Lot. La famille Hébrard fut reçue aussi dans le Calvados.

C’est avec beaucoup de tendresse et de reconnaissance que Rémi évoque « je me souviens que je conduisais les bœufs. François et Berthe Hébrard avaient 3 enfants : André, Lucie et Thérèse. Cet homme-là était adorable, il était travailleur, vaillant et courageux. Il m’a appris pas mal de trucs. La famille Hébrard s’est bien occupée de nous. Je me souviens aussi de la mémé Caroline. J’ai eu beaucoup de bonheur dans cette famille-là ».

Rémi Lecoq avec la famille Hébrard qui l’a accueilli © Rémi Lecoq.

Une famille de cœur

Malgré la séparation d’avec ses parents, Rémi Lecoq confie : « mon meilleur souvenir, c’est vraiment l’amour qu’on a trouvé auprès de la famille Hébrard. Pour moi c’était vraiment une deuxième famille. Ils ont su nous donner l’amour qu’on a perdu et qu’on a retrouvé ici dans le Quercy. J’ai une petite anecdote : François Hébrard faisait son pain au moulin. Quand j’étais avec lui il me laissait toujours une boule de pain et me disait : tiens c’est pour toi, tu fais ce que tu veux. Je travaillais ma pâte et la faisais cuire. Ensuite le pain était rangé dans un tiroir de la grande table à manger et j’avais droit au pain que j’avais fait cuire. Il était pour moi. Ces gens-là, je ne peux pas les oublier ».

D’ailleurs dès qu’il arrive dans le Lot et quand il part, il vient saluer chaque fois Thérèse Hébrard (qui était mariée à André le fils de François) à Saint-Paul.

Devoir de mémoire

Aujourd’hui, Rémi Lecoq souhaite témoigner auprès de sa famille, de ses amis, des enfants des écoles de cette belle et riche expérience. C’est ce qui l’a construit, qui lui a donné tant de valeurs, de reconnaissance, de courage et apporté de belles amitiés. Rémi souligne : « après toutes mes recherches, je souhaite vraiment faire partager mon histoire à tout le monde. C’est aussi une façon de remercier tous ceux qui nous ont accueillis. Nous avons eu tant d’amour ».

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

 

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