Alerte aux frelons européens et asiatiques dans le Lot

En cette fin d’été, Michel Bétaille annonce un chiffre alarmant : la perte de plus de 30 % des ruchers lotois.

Et l’on sait exactement l’impact que cela aura sur l’environnement futur. Les abeilles doivent faire face pour survivre à de multiples menaces : le changement climatique, le varoa, des parasites insidieux comme l’aethina tumida qui a été recensé dans des ruchers en Italie, les produits phytosanitaires, les mauvaises pratiques apicoles et le frelon asiatique qui est un véritable fléau. Michel Bétaille et Roland Delpuech, président de la Ruche du Quercy, travaillent ensemble depuis 17 ans dans le domaine apicole. Lors de l’arrivée du frelon asiatique dans le Lot, ils se sont mobilisés pour tenir informé et mieux lutter contre ce fléau qui décimait les ruches. Aujourd’hui, ils essayent de sensibiliser le public, les apiculteurs (900 possesseurs d’abeilles, professionnels et amateurs) et les pouvoirs publics pour trouver une solution pérenne et organiser un plan de lutte efficace.

Équarrisseurs et mangeurs d’insectes

Le frelon européen « vespa crabo » est assez commun en France. Il est considéré comme une des plus grosses guêpes d’Europe reconnaissable à sa couleur jaune. Nidifiant principalement dans les arbres morts, greniers, cheminées, charpentes, il ne représente pas une menace pour l’homme sauf si l’on passe trop près du nid. Ils attaquent alors en vrais défenseurs de la colonie. Dans la plupart des cas, la piqûre est douloureuse du fait du diamètre du dard et du venin mais n’est pas mortelle. Exceptée pour quelques cas, qui restent rares, concernant les personnes sensibles, allergiques, piquées plusieurs fois ou attaquées par plusieurs frelons. Le nid se compose en moyenne de 1 500 alvéoles. Ce sont des équarrisseurs et mangeurs d’insectes. Il leur faut environ 500 g d’insectes par jour : mouches, guêpes, abeilles, sauterelles, libellules, araignées…

À ce propos, Michel Bétaille précise « un frelon asiatique mange une abeille toutes les 2 minutes alors que le frelon européen mange une abeille toutes les 4 minutes ». Mais fort heureusement pour les frelons européens, ce ne sont pas leur principale subsistance par rapport au frelon asiatique.

Espèce invasive

Ce dernier est arrivé accidentellement en France en 2004, dans le Lot-et-Garonne. Aujourd’hui, il est considéré comme une espèce invasive qui a su s’adapter au climat, à l’environnement, en prenant une ampleur exponentielle, que l’on pourrait qualifier d’exceptionnelle. À titre d’exemple il aura fallu plusieurs étapes et des centaines d’années avant que le frelon européen arrive sur le territoire français, alors qu’en à peine une dizaine d’années le frelon asiatique (vespa velutina) a envahi toute la France et continue sa progression, d’environ 100 km par an. Il dépasse largement les frontières pour envahir l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Belgique, l’Italie et l’Angleterre.

Actuellement, il représente une menace accrue pour les apiculteurs, d’autant qu’il n’existe aucune méthode de lutte aujourd’hui qui soit assez efficace. Depuis son arrivée en France, il est à l’origine de bon nombre de disparitions de ruches. Son expansion devient problématique au niveau de la biodiversité du fait qu’il se nourrit aussi d’autres insectes.

Les nids, construits de manière sphériques, atteignent parfois des tailles impressionnantes, pouvant aller de 60 cm à 1 m pour 80 cm de diamètre et peuvent contenir jusqu’à 17 000 cellules. La population se chiffre jusqu’à 1 800 individus. Les nids sont construits sous des toitures de bâtiments ouverts, des greniers mais le plus souvent ils sont placés dans les cimes des arbres. Il arrive toutefois que certains soient à hauteur d’homme, ce qui représente un danger car le frelon a toujours cet instinct de défendre sa colonie. Comme le souligne Michel Bétaille, « le venin attire le venin. Dès que le frelon sent un danger pour la colonie, il pique, attirant ainsi grâce à l’odeur du venin les autres, qui se mettent à piquer pour venir défendre le nid ». C’est là que les accidents arrivent, d’où l’importance de garder une large zone de sécurité de 4 à 5 m par rapport au nid, quand celui-ci est détectable.

Fléau des abeilles

« Le frelon asiatique, c’est un fléau perturbateur de butinage des abeilles qui ont peur, qui ne peuvent pas travailler. Quand il n’y a pas de rentrée de nectar, la reine arrête de pondre, donc pas de renouvellement de jeunes abeilles et le dépérissement de la ruche s’annonce. Vu que les abeilles ouvrières vivent 45 jours, la moitié de la population au bout de 2 mois est décimée. De plus, la canicule s’est rajoutée cet été, donc les abeilles ont eu plus de mal à trouver leur nourriture. Un autre phénomène est apparu cette année, les papillons des pyrales de buis sont allés en masse butiner lavande, tilleul… ce qui a empêché les abeilles de venir butiner. Et les buis qui sont pratiquement tous décimés dans la nature, étaient au printemps une source de nectar et de pollen pour les abeilles » explique avec un certain découragement Michel Bétaille qui a perdu 90 % de son rucher.

Alors quoi faire ?

Michel Bétaille souligne qu’il a été mis en place, il y a 7-8 ans, une cellule de référent apicole qui signalait auprès des mairies, les nids qui se trouvaient sur la voie publique, pour procéder à leur destruction. Aujourd’hui cette cellule est en sommeil, ce qui n’empêche pas de maintenir la surveillance et d’agir quand danger il y a. Mais l’espoir, pour Michel Bétaille et Roland Delpuech, réside aussi dans l’implication des élus et des pouvoirs publics.

Dernièrement, ils ont rencontré le préfet du Lot. « Nous l’avons sensibilisé pour qu’il intervienne auprès de M2I Control, le laboratoire à Parnac, pour qu’il développe des phéromones qu’on se procurerait au printemps et à l’automne, pour piéger les reines ou les mâles pour éradiquer la reproduction. »

Le frelon asiatique n’a pas fini de faire parler de lui. Beaucoup d’institutions, comme le Muséum d’histoire naturelle, l’université de Tours et l’Inra, se penchent sur son cas à travers des études et des travaux qui permettraient de trouver des moyens de lutte efficaces.

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