Lot. Rencontre avec Madeleine Van Doren Point, une artiste passionnée

La vie quercynoise n°3829 du jeudi 4 avril 2019
MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS
À Pern et Castelnau-Montratier dans le sud du Lot, Madeleine Van Doren Point fait partager sa passion des arts. Interview.

À Castelnau-Montratier dans le Lot, Madeleine Van Doren Point va faire partager sa passion des arts lors d’une soirée intitulée « Dans les yeux de Madeleine ».

Madeleine Van Doren Point fait partie de ces femmes de caractère, artiste passionnée, animée d’une furieuse envie de créer, d’apprendre, d’instruire et de faire découvrir tout un univers artistique qui n’a cessé de l’habiter depuis de nombreuses années : la peinture, la photographie et les arts audiovisuels. Installée dans le Quercy-Blanc, dans un petit écrin de verdure, aujourd’hui elle partage son temps entre le Fresnoy, basé à Tourcoing où elle continue d’enseigner, et le Lot.

Partage avec le public

Madeleine ne sait pas rester en place, curieuse de tout, elle connaît déjà très bien tous les lieux originaux, intéressants à visiter sur la région. D’ailleurs à chaque nouvelle trouvaille d’expositions, elle n’hésite pas à amener voisins, amis pour les intéresser et leur faire découvrir un domaine qui n’est pas forcément le leur.

En novembre, sur l’initiative de Bernard Michot, le maire de Pern, Madeleine Van Doren Point animait un ciné-débat où plusieurs courts-métrages sur le thème « d’ici et d’ailleurs » étaient présentés. Vu le bel engouement que cela a suscité, cette action sera réitérée en prévoyant d’accueillir un plus large public. Et bien sûr la soirée débat a déjà trouvé son accroche : « dans les yeux de Madeleine ».

Madeleine Van Doren Point @ M-F Plagès.

Rencontre avec Madeleine Van Doren Point.

Actu Lot – Comment avez-vous découvert le Lot avec votre mari, Bernard Point (décédé en 2015) ?

En 1975, on a découvert le Lot en remontant de Provence où on passait en général nos vacances et un ami de Caniac-du-Causse nous a proposé d’aller le voir avant de remonter en région parisienne.

Quand on est arrivé là, nous avons été fascinés par la gentillesse des personnes, les paysages et l’allure des maisons. Ce sont là trois facteurs importants qui nous ont décidés à venir nous installer dans le Lot. On nous a conseillé de visiter des terrains et des maisons dans le Quercy-Blanc où nous avons eu un coup de foudre pour une maison en ruine. Je pensais que c’était une folie et surtout comment on allait faire puis mon mari a dit : on campe en Provence on pourra bien camper ici. Je me souviens dans les différentes bâtisses, des arbres poussaient dedans : grange, étable… une grande partie était morcelée et petit à petit l’oiseau fait son nid, avec nos moyens tout en faisant travailler les entrepreneurs locaux. Nous n’avons jamais regretté notre choix.

Ce qui m’attache ici, c’est que le hameau est magnifique et surtout les amitiés que l’on a pu nouer avec les voisins. Certains sont pour moi comme une deuxième famille. Et nous nous sommes mariés ici en 1989.

Quel a été votre parcours ?

Bernard Point, mon mari a été un acteur important dans différentes actions culturelles en région parisienne. Avec une formation d’art équivalent des arts déco obtenue à l’École nationale des Métiers d’Art de Paris, il a fait de la peinture jusque dans les années 1980. Après il a travaillé sur ordinateur en faisant des réalisations numériques. C’est en 1968 qu’il crée l’école municipale des beaux-arts à Gennevilliers et c’était la première école d’art de ce genre dans la région parisienne. Il était en rébellion avec les écoles d’arts traditionnelles. Il voulait une école qui soit dans le genre de Bauhaus en Allemagne où justement toutes les disciplines étaient abordées. Par exemple, il y avait Oskar Schlemmer un homme de théâtre qui avait fait des costumes extraordinaires, Paul Klee qui faisait des marionnettes… et il y avait aussi du cinéma.

Moi j’ai travaillé tout de suite avec Bernard. Après une formation de danse et je me suis reconvertie dans les arts visuels. J’ai fait histoire de l’art, puis je suis retournée à la fac où j’ai suivi un cursus lié à la photographie et déjà j’étais sensibilisée à l’appréhension des nouvelles premières technologies.

Quelles ont été les différentes actions que vous avez menées par la suite, pour venir des arts et en arriver aux arts audiovisuels, et enseigner au Le Fresnoy, un des instituts internationalement reconnu ?

Étant sensibilisée à la fac sur ces questions audiovisuelles j’ai exposé à partir de 1986 de nombreux artistes, car l’école de Genneviliers était une galerie municipale. Puis très vite j’ai fait des montages audiovisuels. J’ai été commissaire de beaucoup d’expositions des années 80 jusqu’en 1991, où j’ai pris la direction d’un autre centre d’art le Crédac à Ivry-sur-Seine. Il y avait des salles plus importantes et j’ai montré beaucoup de vidéastes, des cinéastes.

Sur ces entre-faits, un des artistes que j’ai souvent exposé, Alain Fleischer (cinéaste, écrivain…), qui a créé cette institution qui s’appelle LeFresnoy à Tourcoing, en 1997 (lieu unique en France et en Europe pour la création audiovisuelle), m’a demandé en 2002 si je voulais participer en tant que consultante auprès des jeunes artistes qui intègrent l’institution. Ce sont des gens qui ont déjà un parcours mais il y a des gens qui viennent du théâtre, de la danse, du cirque, du cinéma.

La première année ils pratiquent la photo, le cinéma, conçoivent des installations visuelles ou sonores. La deuxième année on leur demande de faire des choses plus pointues en matière de nouvelles technologies. Certains travaillent avec des laboratoires de recherche scientifique. Et moi, en tant que consultante pédagogique, je les accompagne à titre individuel. Je les rencontre sur leur projet, sur ce qui est à éviter, sur des informations culturelles et générales.

Les élèves viennent des quatre coins du monde (Bénin, Mali, Colombie, Pérou, Mexique, Brésil, Russe…), qu’est-ce qui vous touche chez eux dans leurs créations ?

J’aime les choses chargées d’histoire et de mémoire. Par exemple je me rappelle de deux Maliens, des gens habitués à travailler avec peu d’argent. À Bamako, il y a une école d’arts visuels où ces gens travaillent avec trois francs six sous. Et quand on a vu les œuvres fabriquées là-bas, il y avait une fraîcheur, une sensibilité, une magie dans leur façon de procéder, incroyable. Et quand ils ont fait leur film d’ailleurs qui a été projeté à Pern, c’était très beau avec un bel imaginaire. Ils ont cette conscience des traditions qui existent et en même temps ils en imaginent des détournements. Cette année, un Brésilien a fait un truc incroyable. Il connaît un transgenre qu’il a filmé pendant le carnaval au Brésil et il l’a ramené pour le carnaval de Dunkerque. Nous sommes curieux de voir son projet.

Une Colombienne travaille sur l’origine de son nom qui de fortes résonances politiques.

Une jeune fille va faire un film à partir de son frère qui est atteint du syndrome d’Asperger. Elle va traiter de ce sujet qui est extrêmement intense. En général ils ont tous des sujets intenses soit liés à l’histoire, à la mémoire de leur pays.

À chaque fois leurs sources et les formes réalisées sont complètement différentes. Un vrai artiste a de l’imagination. Et avec les nouvelles technologies le champ des possibles est large.

Curieux de rencontrer cette grande dame passionnée des arts en tous genres, rendez-vous prochainement à Pern pour la suite de « Dans les yeux de Madeleine ».

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

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