La saison des activités culturelles et artistiques est lancée sur le site de Taillefer, à Saint-Paul-Flaugnac. En ce début du mois de mars, le 1 et 2 mars, Jacqueline et Pierre Rod, recevaient sur leur site, Guy Amsellem, un maître reconnu dans l’art du Sumi-é.
Actu Lot- La vie quercynoise du jeudi 13 mars 2025
©Marie-Françoise Plagès

Autour de 8 élèves-artistes, plutôt confirmées, Guy Amsellem a partagé son savoir. Dimanche 2 mars, en fin d’après-midi, l’ambiance est studieuse et bon enfant. Chaque élève devant son papier washi esquissant les derniers traits d’un dessin. Marie-Jeanne qui en est à son 2e stage savoure le privilège de pouvoir se perfectionner auprès d’un maître Sumi-é. Agnès, Sylvie, Fabienne, Magali, Sandrine et Jacqueline n’en reviennent pas de tout ce qu’elles ont pu apprendre durant ces deux jours. D’ailleurs aux pieds de chacun et chacune, plus d’une vingtaine de réalisations. La création du week-end où l’on peut entrevoir parfois l’évolution des traits et la maîtrise de cet art « éphémère ».
Le sumi-é : une méditation en mouvement
Autour du maître, les quatre trésors du lettré, les éléments essentiels du sumi-é sont installés : le bâton de sumi, pour l’encre, le suzuri, la pierre où elle est préparée, le fude, le pinceau, le papier washi, un papier léger, entre 17 et 27 grammes par mètre carré, bien loin des 340 grammes du papier d’aquarelle.
Tout un protocole, bien millimétré s’installe lorsque le maître fait une démonstration. Quelques gouttes d’eau claire tombent dans le suzuri (pierre à encre). Il prépare son encre en frottant la pierre avec un bâton de sumi comme un cérémonial en précisant « Le sumi-é, c’est un art ancestral qui vient de Chine. Les moines bouddhistes zen l’ont emmené au Japon avant la fermeture du pays pendant 270 ans ».

Ce bâton, fait de résine de pin, qui nécessite quatre années de fabrication, frotté sur la pierre à encre, libère progressivement sa couleur. L’odeur caractéristique pique légèrement les narines. « Là, on a une odeur vraiment significative… La résine de pin. » souligne-t-il après avoir fait sentir à chacune le sumi. Et, préparer son encre, c’est déjà peindre. Guy Amsellem rajoute « C’est une forme de méditation. On s’aligne, on frotte doucement, on enlève tout le chaos en nous. »
Un art de l’instant
Contrairement à d’autres formes de peinture, le sumi-é ne prévoit pas d’esquisse. Chaque trait est définitif, sans retour en arrière. « Vous remarquez, je n’ai pas fait d’esquisse. C’est direct, sans filet. Tous les matins, je fais un bambou. S’il n’est pas réussi, je retourne me coucher ! » souligne Guy Amsellem tout en dessinant d’un geste sûr, assuré et en totale méditation, un bambou avec ses différents dégradés. « Puis viennent les feuilles. Elles ne doivent jamais être placées au hasard. Tu ne mets jamais de feuilles en bas. Dans les gros bambous, elles sont toujours en hauteur, très très haut, dans les airs » souligne Guy qui continue son dessin.
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Jeu de couleurs
et de matières
L’encre est vivante. Elle se décline en nuances, des noirs profonds aux gris subtils. « Là, j’ai ma soupe de crustacé : une encre plus claire, plus douce. Et puis, la soupe de pois, comme disait maître Ozai. On fait descendre le noir pour avoir un beau dégradé. » précise le maître tout en continuant de jouer avec la capillarité, laissant l’encre s’étirer et créer des dégradés naturels.
Finaliser l’Œuvre
Les derniers traits sont posés. Le maître s’arrête, observe. Il sait qu’il n’en faut pas plus. Le sceau est la dernière touche. Il en prend un en stéatite, gravé de son nom et du mot miroir. Il applique la pâte rouge – de la cochenille. Une dernière attention est portée lorsque le sceau est appliqué, et l’œuvre est terminée. Silence. Tout le monde contemple le résultat. Guy Amsellem sourit et conclut « Oui. C’est ça, le sumi-é. »
Marie-Françoise Plagès