Odile Quersin : Artisan relieur-doreur à Castelnau-Montratier

Installée à Castelnau-Montratier dans le Lot, Odile Quersin, artisan d’art, pratique la reliure et la dorure pour donner une nouvelle vie aux livres anciens.

Actu Lot – La vie quercynoise du jeudi 16 janvier 2025

© Marie-Françoise Plagès

Odile Quersin devant son cousoir, l’outil indispensable de l’artisan relieur-doreur. ©M-F Plagès

Avant d’être artisan relieur-doreur dans le Lot, à Castelnau-Montratier, au sein de son atelier L’Arcade de Gutenberg, Odile Quersin, s’est donnée entièrement à sa petite famille. « J’ai eu la chance de pouvoir élever mes enfants » confie-t-elle.

Cette artisan d’art, détentrice d’un savoir-faire d’exception, raconte son parcours de vie qui l’a lancé dans cette belle aventure.

Le maître dans le Lot et l’artisane

Comme toute histoire, une rencontre avec une personne qui faisait de la restauration papier, ici dans le Lot, a été déterminante, et l’a poussée à se tourner vers ce métier. L’artiste qui l’a initiée ne faisait pas du tout de la reliure. Donc ils se sont dit qu’il faudrait apprendre cet art afin de créer un lien, un complément entre la restauration papier et la fabrication d’un ouvrage. La première impulsion était donnée.https://maps.google.com/maps?q=44.26974149999999,1.353379&z=15&output=embed

Les étoiles étaient bien alignées, puisqu’à l’époque, en 1999, la région Midi-Pyrénées, aux côtés de la DRAC et du ministère de la Culture, avait mis en place un programme de transmission de savoir-faire d’exception. « Comme, j’ai pu intégrer ce programme, me voilà, à 30 ans, à chercher une formation. C’est un couple de maître-relieurs, depuis deux générations, Gérard et Madeleine Recurt, basé à Toulouse, qui m’ont transmis tout leur savoir-faire.Vidéos : en ce moment sur Actu

Elle apprend la reliure traditionnelle

Ils m’ont appris la reliure traditionnelle, avec leur technique, et la dorure à la feuille d’or ou sur film » raconte Odile Quersin avec une petite émotion dans sa voix. Durant 3 ans elle a acquis toutes les ficelles du métier, les gestes à adopter, les petits secrets mais plus encore, « j’ai débordé un peu du cadre de la formation initiale. J’ai eu l’opportunité de pouvoir faire aussi de la restauration papier, c’est-à-dire me spécialiser dans tout ce qui est affiches, bandes dessinées, plans cadastraux ».

Livre avant restauration
Un livre avant restauration. ©O. Q
Les cahiers du livres après restauration
Les cahiers du livre après restauration. ©O. Q

L’arcade de Gutenberg

Au bout de sa formation, c’est dans un village du Gers, à Lavardens, qu’Odile Quersin avec son petit groupe « de promotion » de transmission de savoir-faire d’exception, ouvre son atelier « L’arcade de Gutenberg ». Le maire de cette petite bourgade d’à peine 400 âmes souhaitait mettre en avant les métiers d’art dans son village très touristique. Sur certaines périodes, il pouvait y avoir jusqu’à 200 000 visiteurs. « On s’est donc retrouvé à plus de 7 artisans d’art dans des domaines différents : reliure, vitrail, restauration de tableaux, poterie, ébénisterie, laque, tailleur de pierre, céramique… » L’objectif était de tirer parti du caractère touristique de la région, notamment grâce à un château qui accueillait de grandes expositions annuelles.

Reliure et dorure de différents livres
Reliure et dorure de différents livres. ©O. Q

Le choix de s’installer dans le Lot

Depuis cette période, Odile Quersin a sillonné la France avant de poser cousoir, presse, aplatisseur, plioir, brunissoir, plaques de dorure, mule, estampille… à Castelnau-Montratier.

Mais alors pourquoi cette artiste originaire de Cambrai, qui a suivi sa formation à Toulouse, qui a travaillé dans le Gers et la Haute-Loire, choisi de s’installer dans un petit village du Lot ? « J’ai découvert le Lot lorsque j’étais jeune, à l’occasion de vacances en famille. Plus tard, j’y ai également vécu quelques années, près de Saint-Cyprien. Depuis cette époque, j’ai toujours su que le Quercy Blanc serait l’endroit où je reviendrais un jour m’installer ».

Un livre, une rencontre, un défi

Tout en sillonnant son atelier, judicieusement agencé, pour optimiser ses divers plans de travail, Odile Quersin dévoile son univers de papiers marbrés, de créations ou anciens, des cahiers prêts à être reliés, sort des exemples de livres plus ou moins abîmés, ses travaux en cours pour argumenter son discours « la reliure et la dorure, cela ne s’improvise pas, c’est très technique. Ce travail nécessite de s’adapter à chaque support. Chaque livre à restaurer est unique ».

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Un « train » de livres sur le plan de travail d’Odile Quersin. À ce stade, tous les livres sont à une étape bien précise avant de commencer le démontage, la restauration ou la reliure. ©O. Q

D’ailleurs pour Odile Quersin, chaque ouvrage est un défi à relever et c’est ce qui l’anime dans ce métier. À bas la morosité !

Comprendre les attentes des clients

« Avant toute restauration, je parle beaucoup avec les personnes qui viennent m’apporter les livres à restaurer. Il est important de comprendre leurs attentes, de choisir ensemble les papiers, les cuirs et le façonnage. Je les reçois dans un joyeux fouillis de papiers et de cuirs pour mieux affiner leur choix » précise-t-elle. Cette étape amène à l’élaboration d’un fac-similé, la future carte d’identité du livre. Ce document sert de référence tout au long du processus, en particulier pour les collectionneurs qui souhaitent des reliures uniformes pour leurs bibliothèques.

La relieuse utilise le fac-similé pour définir les matériaux (toile, cuir, etc.) et les détails spécifiques de la reliure, comme la dorure et la typographie.

Grâce à ce fac-similé, Odile Quersin sélectionne avec soin les matériaux – cuir, toile, papier – ainsi que les détails spécifiques de la reliure, comme la dorure ou la typographie. Son savoir-faire englobe une large palette de cuirs : le chagrin, cuir de chèvre à grain fin ; la basane, cuir de mouton lisse ; le veau, ou encore le parchemin, moins fréquent mais d’une grande finesse.

Pour elle, le respect de l’époque de la création du livre lors de sa restauration est essentiel. Restaurer un ouvrage du XVIIIe siècle, par exemple, implique d’éviter les papiers modernes ou mécaniques, préférant un papier fait à la cuve, en accord avec les techniques de l’époque. Ce soin du détail garantit une restauration fidèle, respectueuse de l’histoire et de l’authenticité de chaque livre.

Gainerie d'ameublement faite par Odile Quersin
Gainerie d’ameublement faite par Odile Quersin. ©O. Q

Depuis qu’elle exerce, Odile Quersin en a connu des histoires, vu de multiples livres qui ont, grâce à elle, pu être sortis de l’oubli, mis en lumière ou bien sauvés « d’une mort lente » par dégradation. Même si elle possède un grand savoir, l’artiste envisage de se perfectionner dans l’art de la fabrication de papier marbré. Les idées ne manquent pas, seulement un peu plus de temps pour réaliser tout ce qu’elle aimerait.

Marie-Françoise PLAGÈS

L’Arcade de Gutenberg : reliure, dorure, cartonnage et gainerie d’ameublement pour particuliers, administrations, archives, notaires… Rens. www.reliure-dorure-quersin.fr, reliure43@gmail.com ou 06 95 26 59 44.

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