ActuLot-La vie quercynoise n°4050 du jeudi 29 juin 2023
Pascal Quinson, luthier renommé en France comme à l’international, a choisi de s’installer dans le Lot pour fabriquer ses instruments de musique.
© M-F Plagès

Depuis quelques mois, un luthier de renom, autant en France qu’à l’étranger, Pascal Quinson est venu s’installer dans une petite bourgade du Quercy Blanc dans le Lot, non loin de Castelnau-Montratier. Au cœur d’une vieille maison quercynoise, il a installé son atelier où il crée ses propres instruments de musique : violon et guitare classique de concert.
La lutherie chevillée au corps, ce luthier chevronné et également musicien raconte son parcours ainsi que sa vision de ce métier fascinant.
Luthier : un métier exigeant
Assis à sa table de travail, entouré de différents instruments, d’outils, au milieu des senteurs des différentes essences de bois, Pascal Quinson évoque discrètement et avec une certaine nostalgie son parcours : « Je ne me souviens pas exactement comment j’en suis venu à la lutherie. Plusieurs rencontres m’ont poussé à me lancer dans ce métier ». Pourtant, rien ne le destinait à devenir luthier, car il avait étudié dans un lycée agricole près de Toulouse. Cependant, des événements de vie l’ont amené à s’intéresser davantage à ce métier : « C’est un peu la vie qui m’a conduit sur ce chemin. Après un accident vers mes 18 ans, j’ai commencé à m’intéresser à la musique. Je jouais beaucoup de guitare et je tournais en Suisse et en Allemagne avec des musiciens jazz et pop-rock de la région de Cahors. Finalement, j’ai rencontré des luthiers qui m’ont fait aimer ce métier. Et puis, j’ai toujours aimé bricoler et comprendre comment les choses fonctionnent. »
Une voie toute tracée
Autodidacte, Pascal Quinson n’a pas fréquenté d’école de lutherie, mais a appris directement auprès de maîtres luthiers comme Christian Aubin ou Daniel Friederich. Au fil des années de formation, il a acquis le savoir-faire et ses instruments sont le reflet de sa maîtrise et de ses différentes expériences. Il explique : « À l’époque, j’étais trop âgé pour suivre une formation dans une école spécialisée. Aujourd’hui, l’entrée à l’école de lutherie de Mirecourt, plus orientée vers le violon que la guitare, est plus accessible, et de plus en plus de jeunes aspirants luthiers y sont attirés ».
Il exprime également sa préoccupation quant à la vision erronée que certains jeunes ont de la lutherie : « Beaucoup de gens sont attirés par ce métier, mais il y en a trop maintenant. Les jeunes pensent que tout est facile. Sur Internet, vous voyez de nombreux jeunes faire de la musique, et ils imaginent que tout est simple. Je connais beaucoup de grands musiciens de haut niveau, et je sais qu’ils travaillent dur. C’est exigeant, répétitif et cela demande un engagement quotidien. Ce qui est regrettable en lutherie, c’est qu’il y a nettement moins d’opportunités face à un marché chinois énorme. À une époque, l’école de Mirecourt était le premier exportateur d’instruments de musique au monde pour les formations de quatuor et aussi avec les Italiens. La France est bien positionnée dans le haut de gamme, mais il n’y a pas suffisamment de travail pour tout le monde. Aujourd’hui, c’est compliqué, même avec une certaine notoriété, de vendre des instruments de musique. »
La patte du luthier
Les instruments d’un luthier sont reconnaissables dans leur sonorité et leur style. La patte du luthier est très distincte pour un musicien averti. D’ailleurs les musiciens choisissent leur instrument suivant le luthier.
« La lutherie c’est un art appliqué, c’est un métier de précision de recherche assez complexe qui demande de solides connaissances. Dans ce métier, j’aime aussi beaucoup la recherche acoustique d’un instrument. D’ailleurs, j’aurais aimé être chercheur acousticien », précise Pascal Quinson.
Quant à l’évolution du métier, un problème surgit sur l’utilisation de certaines essences. Ce fait oblige les luthiers à repenser le métier. En raison de la déforestation, certains bois sont désormais interdits sur le marché comme le palissandre de Madagascar ou l’ébène du Gabon entre autres. « Du coup maintenant nous avons des matériaux composites. Chez certains luthiers par exemple pour les guitares, les bois précieux sont remplacés par des bois locaux. Certains reviennent à utiliser du noyer, poirier ou prunier qui sont des bois que l’on utilisait autrefois pour des instruments traditionnels comme la vielle à roue ». Les luthiers témoignent ainsi de leur volonté de préserver le savoir-faire et le patrimoine musical tout en s’adaptant aux contraintes environnementales.
Et la musique
La musique est forcément omniprésente pour Pascal Quinson et ses goûts musicaux ne s’arrêtent pas à une époque en particulier. Il affectionne autant le baroque, le jazz, le classique que le rock ou d’autres formations musicales. Il suffit seulement que la musique soit de qualité. Par contre Jean-Sébastien Bach reste un des compositeurs incontournables.
Pascal Quinson joue également dans deux groupes Gadjo del païs et Orchis.
Et, pour l’entendre jouer, dans le cadre du festival du Quercy-Blanc, rendez-vous vendredi 25 août 2023, à 21 h, l’esplanade de Montaulzun sera le théâtre d’un spectacle musical féérique : « Les Dragons d’Orchis ». Cette création originale, menée par Hélène Gimet et Violaine Retailleau au chant, à l’écriture et à la composition, Pascal Quinson à l’interprétation et aux arrangements (violon et guitare), Nicole Bettula au piano, Laurent Bossonnay à la basse, Denis Roumat en tant que comédien, Laurent Gimet en chasseur de dragons, avec la participation de Frédéric Jolivet « œil extérieur et technique », transportera petits et grands dans un univers enchanteur.
Marie-Françoise PLAGÈS
Atelier de fabrication et réparation Pascal Quinson : pascal-quinson@wanadoo.fr ou 06 70 36 55 33.