Lot et Tarn-et-Garonne. Au Domaine de Lafage, biodynamie et chantier participatif

Actu Lot-la vie quercynoise n°3932 du jeudi 25 mars 2021

Kévin Barbet, du syndicat des vins des coteaux du Quercy et vigneron en biodynamie, a repris le Domaine de Lafage à Montpezat-du-Quercy et a organisé un chantier participatif.

©Marie-Françoise Plagès

Depuis que Kévin Barbet, du syndicat des vins des coteaux du Quercy et paysan vigneron en biodynamie, a repris le Domaine de Lafage à Montpezat-du-Quercy, il continue de développer à son rythme l’exploitation viticole commencée par Bernard Bouyssou.

Passionné par le métier de vigneron, aimant tester de nouvelles façons de travailler, ayant une forte propension à donner aux vins différents arômes et spécificités, Kévin Barbet a élaboré avec soins sa gamme de vins (rouge, rosé, rosé pétillant et bientôt du blanc).

Soucieux de transmettre et de mieux comprendre notre environnement, avec le café rural de Flaugnac, le 3e lieu, et Campagne vivante 82, il a organisé vendredi 12 mars 2021, un chantier participatif. Le but de la journée était double : le matin plantation de haies et l’après-midi échange autour du rôle de l’arbre et des haies avec Zoé Jubineau.

Pour faire l’écho de cette journée, nous avons rencontré Kévin Barbet afin qu’il explique sa démarche ainsi que découvrir sa façon de travailler.

Un chantier participatif autour de l’arbre

Kevin Barbet du domaine de Lafage à Montpezat-de-Quercy. © M-F Plagès.

Actu : Comment est né ce projet de chantier participatif « Autour de l’arbre » ?

Kévin Barbet : Nous avions déjà le projet de planter des arbres et Jérémy Colombier, du 3e lieu, qui est un ami, avait ce collectif autour de l’arbre. Nous voulions faire un projet commun avec comme question principale « quelle est la place de l’arbre ? ». Comme la place de l’arbre dans la religion, dans l’imaginaire, dans un paysage agricole, dans l’écriture… Tout le monde a apporté son idée. Puis dans ce cadre-là j’ai proposé d’organiser un chantier participatif autour de la place de l’arbre dans un paysage viticole.

Qu’avez-vous planté lors de cette journée ?

K. B. : Nous avons planté une haie champêtre. Des arbres seront agencés en quinconce pour une haie volumineuse et épaisse. Elle aura un effet brise-vent mais surtout elle va créer un habitat pour les insectes et les oiseaux. L’idée étant de ramener de l’habitat et de la vie.

Une vingtaine d’essences d’arbres ont été choisies : cognassier, frêne, chêne, tilleul, noisetier, prunus… très diversifiée. Pour cela nous avons eu l’appui de Campagne vivante 82, une association qui s’occupe des plantations en termes d’accompagnement, formation et conseil.

Quelles sont les spécificités pour travailler en biodynamie ?

K. B. : La biodynamie est une des pratiques de l’agriculture biologique. En biodynamie, il faut parler d’une ferme plutôt que d’un domaine. En fait, c’est tout un écosystème qui interagit ensemble (minéral, végétal, astral…). C’est pour cette raison que nous avons gardé sur le domaine toute la partie de polyculture : vignes, vaches, prairies, fruitiers… avec l’idée de planter des fruitiers dans les vignes.

On travaille avec des préparations à base de compost ou de plantes qui vont être des soins que l’on va apporter soit à la plante, soit au sol. Les travaux sont adaptés par rapport au cycle lunaire.

Qu’est-ce qui vous a amené à reprendre ce domaine viticole ?

K. B. : Je voulais être paysan, j’étais passionné par le travail du vin et je cherchais vraiment cette façon de travailler le plus naturellement possible. Quand j’ai repris le Domaine de Lafage, l’ancien vigneron Bernard Bouyssou travaillait déjà de cette manière. Cela nous a permis de trouver un bon environnement et également de maintenir l’exploitation tout en apportant d’autres projets.

Aujourd’hui, nous commençons à faire pâturer des brebis dans les vergers et les vignes. Nous voulons apporter une tout autre dimension.

Qu’avez-vous apporté de plus par rapport à la façon de travailler de M. Bouyssou ? Comment travaillez-vous vos vins ?

K. B. : Il y avait déjà une base très solide sur le domaine. Nous avons gardé l’idée générale de la ferme et nous avons poussé plus d’attention sur certains détails. Par exemple, axer plus sur plantations de haies, de fruitiers aux abords des vignes, voire dans les vignes, repenser également la façon de planter les vignes.

Nous faisons nos expériences sans être attachés à des traditions. Ainsi nous produisons de façon très spontanée. Il y a une trame commune au vin mais nous ne cherchons pas à faire la même chose tous les ans.

La particularité du Domaine de Lafage vient du fait que chaque parcelle fait un vin. Aujourd’hui nous avons 8 vins. Jamais nous ne fixons de limites. En effet, le domaine ne proposait pas de blanc donc nous avons planté des cépages pour le blanc. La première cuvée sera à déguster d’ici 3 à 4 ans.

Les vins sont faits tous sans intrants, on met un petit peu de soufre à des doses minimes. L’essentiel pour le Domaine est de garder un sol vivant donc faire des vins naturels, qui seront appréciés ou pas, mais qui seront sincères ressemblant à l’année, à la récolte.

La crise sanitaire a-t-elle eu un grand impact sur votre activité ?

K. B. : Pas vraiment puisqu’on travaille beaucoup en direct au domaine, avec des cavistes sur toute la France, des épiceries fines, et un peu en export mis au ralenti en ce moment mais qui devrait se déployer à l’avenir. Donc nous n’avons pas été trop impactés par la crise sanitaire. C’est une situation pénible mais nous continuons de travailler.

Quelles sont vos aspirations ?

K. B. : Faire évoluer le domaine, faire des vins francs, honnêtes qui ne trichent pas et retrouver une vie un peu plus paisible.

Propos recueillis par MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

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