Saint Paul-Flaugnac. Le Domaine de Cauquelle face à la crise

Médialot lundi 1er juin 2020, Actu Lot n°3890 du jeudi 4 juin 2020
MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

Dès les beaux jours, les différents chais du syndicat des vins des coteaux du Quercy s’animent. Aujourd’hui, avec la crise sanitaire du Covid-19, tombée en pleine période d’activé, c’est toute une profession qui est mise à mal. A Flaugnac le Domaine de Cauquelle, propose habituellement des portes ouvertes, des visites de la vigne et du patrimoine local suivi de dégustation, d’apéros concerts. Cette année, toute la famille Siréjol a dû être très réactive pour faire face à cette crise sans précédent. Emilien Siréjol a accepté de répondre à quelques questions sur la situation actuelle.

L’année 2020 sera-t-elle un bon cru ?

Emilien Siréjol : la situation actuelle sur les vignes laisse présager un bon millésime. La météo a été précoce, nous avons bien trois semaines d’avance et un temps presque idéal : doux et humide. C’est une année exceptionnelle, où jusqu’à présent nous n’avons pas subi de gel ou d’orages violents. La récolte s’annonce sous les meilleurs auspices tant au niveau qualitatif que quantitatif. Et on peut vraiment le retenir car ça fait bien longtemps qu’on n’avait pas vu ça. C’est un des points encourageants de cette situation.

Un avenir en demi-teinte où le chai de Cauquelle doit être réactif et se réinventer pour 2020 © M-F Plagès.

Avec le confinement, et l’arrêt de toute activité commerciale comment le domaine s’est adapté ?

E. S. : depuis longtemps nous avons axé une partie du commerce sur l’évènementiel, la vente directe. Tout a dû être annulé, de ce côté là on est touché de plein fouet. Il y a eu une cassure nette, un changement de rythme du fait que les restaurants, petits commerces, notamment, ne passaient plus de commandes. Mais cela s’est ressenti aussi au niveau des gens qui ont changé leur façon de consommer le vin pendant le confinement, du moins temporairement. Ils se sont plus rabattus sur une consommation typée vrac plutôt que sur de la consommation bouteille qui est connotée plus festive. C’est du moins ce que l’on a remarqué sur le domaine. Donc nous avons essayé de nous adapter au mieux pour répondre à cette demande en produisant moins de bouteilles et en augmentant le vrac.

Par rapport aux annonces gouvernementales vous essayez d’être réactif ?

E. S. : oui, suivant ce qui va être décidé au niveau de la loi, on va s’adapter. On a pour projet, de relancer ce que l’on avait mis en place l’an dernier : des visites guidées, avec bien sûr un nombre limité de personnes, suivi d’un point restauration. Recevoir des petits groupes restreints pour découvrir vignoble et patrimoine est un des objectifs pour essayer de compenser les pertes du domaine. Un de nos autres objectifs est de tenter de proposer une animation pour l’époque estivale.

Quel est votre regard sur l’avenir commercial de la filière viticole ?

E. S. : pour la filière viticole européenne c’est vraiment catastrophique. Il y a des stocks qui sont en excédent. Mais ce n’est pas dû à la situation immédiate de la crise sanitaire, il y a du passif, qui a fait que la filière en est arrivée là. En même temps ce n’est pas la première fois que cela se produit. Et ceux qui travaillent particulièrement sur l’export ont été doublement impactés soit par la fermeture des frontières ou soit comme pour les Etats-Unis qui ont imposé des taxes importantes. Ce que l’on peut retenir de cette situation, c’est qu’il ne faut pas être sur un seul style de commerce : avoir une multiplicité d’acheteurs et de nombreux réseaux de vente. Ainsi on peut  limiter la casse. En ce qui concerne le Domaine de Cauquelle, si on veut tenir le cap il faut se réinventer en totalité et attendre que l’orage passe. Mais c’est une vieille habitude dans le monde agricole, il faut savoir faire le dos rond quand il y a le mauvais temps. Il faut continuer à avancer tout en étant prudent. La période d’après confinement, avec tous les aléas inhérents, est très inconfortable pour les viticulteurs mais l’optimisme et la réactivité semblent être un bon cocktail antidote, pour certains afin de ne pas succomber au défaitisme et se relever de cette crise.

MARIE-FRANÇOISE PLAGÈS

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